PHILIPPE BOUVARD :

Philippe Bouvard est une des rares personnes du showbiz à s’être intéressé à ma musique. Il a produit mon spectacle à Bobino, l’a promu, m’a donné des conseils de mise en scène, m’a invité aux Grosses têtes… : reconnaissance éternelle, et paix à votre âme, Monsieur Bouvard.

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Vous allez entendre que c’était un type odieux. Relativisez ce genre propos ! Nous sommes à une époque d’ego, où aucun projet n’avance si on ne ménage ou flatte pas l’ego de tout le monde, du matin au soir. Mais lui était anachronique, il disait la vérité crûment, et c’est pour cela qu’il fascinait et forçait l’admiration de ses pires ennemis.

Dans le travail il était intraitable, demandait l’impossible, ce qui vous forçait à vous dépasser ! Il ne mettait pas de gants, ne s’embarrassait pas d’excuses trop longues s’il s’était trompé, tout pour l’efficacité, à condition bien sûr d’avoir du goût, du sens stratégique, et un peu de pouvoir, et lui savait exactement ce qu’il faut faire.

C’était un tyran à l’ancienne, pas un Ubu pathétique et totalitaire comme nous en subissons au quotidien en cette époque, mais plutôt un Bonaparte de la mise en lumière des talents. Vite et bien !

Les théâtres à Paris ne programment pas, ils se font louer par des productions qui misent sur des artistes. En 2002, j’avais fait donc risqué mes économies pour trois semaines à Bobino, que possédait Philippe Bouvard. : Jean-René Pouilly mon agent, m’avait prêté sa structure et malgré des pertes fatales (taxes), cela avait bien marché. Ce passage m’avait fait connaître du grand public, passer dans les média, monter ma côte, et tourner beaucoup. Philippe Bouvard apprécia mon récital et eu l’idée de faire appel à moi l’année suivante.

Je suis le seul artiste qu’il ait produit financièrement, non par désir mais par coïncidence : Marc Jolivet ayant arrêté son spectacle au bout de quelques jours, Philippe Bouvard déplorait que son music-hall n’affiche rien pendant trois mois et demi. Il vint donc me voir jouer à l’Archipel pour me proposer de m’engager : »Je dois vous faire faire des fiches de paye, je ne l’ai jamais fait pour personne, estimez-vous heureux ! »

Malgré l’adversité, la grève des transports, les syndicats qui bloquaient l’entrée en essayant de me forcer à faire la grève des intermittents, il y eu de la médiatisation, beaucoup de bonnes retombées et un dvd plusieurs fois réédité.

Et surtout j’appris beaucoup avec ce haut personnage, à qui l’on doit d’avoir découvert tant d’artistes que nous apprécions. Ils ont tous survécu à la mode, et sauf pour Jean-Marie Bigard qu’il disait avoir trouvé trop vulgaire à l’audition, il avoua n’être jamais passé à côté d’un talent.

La France souffre (entre autres) de n’avoir plus de découvreur de talent aussi emprunt de goût, bienveillant, et haut-placé. En fait Philippe Bouvard semblait, surtout à travers les grosses têtes, promouvoir une culture populaire rabelaisienne qui dégoutait les snobs et les élitistes (dont on voit la faillite aujourd’hui), mais il respectait la culture classique car il l’avait lui-même reçue et avait compris qu’elle s’appuyait sur la culture populaire.

Fabrice EULRY

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