CABU ET BERNARD MARIS

Cabu habitait Saint Germain des près et venait souvent dans les clubs dessiner les musiciens discrètement « à l’aveugle » le crayon et la feuille dans sa poche. Un jour, il m’offrit un croquis de moi au piano en pleine action, qui me fit rire comme tous ses dessins dès 1970, quand je les dégustais dèjà dans Pilote, puis dans Le Canard enchaîné…

      Il s’intéressait à ma carrière, ayant suivi ma progression dans les années 90, il me demanda en 2006 :

« Après votre marathon pianistique de 24 heures, quel coup d’éclat est-ce que vous nous préparez ? »

    Sa douceur humaine contrastait avec la férocité de son trait, mais jusqu’à ce funeste 7 janvier 2015, ceux qui de Bernard Tapie à Jean-Marie Le Pen en subirent les traitements les plus sévères, eurent l’intelligence de reconnaître avant tout le talent de l’artiste. 

  Il aimait à dire que Paris était la vraie capitale du swing, car elle avait plus de clubs que New York, et il préférait cent fois le boogie-woogie à la « prise de tête »: il lui plaisait à dire que « La musique est faite pour s’amuser ! » 

Apprenant que je montais un petit festival de Boogie-woogie sur les boulevards, il demanda à un de ses collègues du Canard enchaîné de me transmettre son intention de venir, mais fut retenu. Comme j’annonçais d’abord, sa présence aux autres pianistes, mon collègue Jean-Pierre Bertrand également grand fan, cru le voir dans la foule, et dès l’entracte, offrit son disque à un sosie du dessinateur, qui me connaissait et vint m’annoncer l’erreur, gêné : « Votre collègue m’a pris pour Cabu, que dois-je faire du disque ? » « Gardez-le ! »

La dernière fois que je croisai Cabu, il était comme chaque mois, au Petit-journal Montparnasse pour écouter le big band de Claude Bolling et c’était un de ses plus grands plaisirs : Champagne, et réservation d’une grande table au premier rang avec tous ses amis ! Le rendez-vous était mensuel, et comme je lui faisais remarquer qu’il y était fidèle : « Oui il faut en profiter maintenant, ces grands orchestres de swing ça ne durera pas des années, et même si il y a une relève celui de Claude Bolling est un orchestre historique, comme celui de Cab Calloway ! »

Je me souvins alors de sa phrase : « Cab tiens bon ! » lorsque le grand chanteur animateur de la revue du Cotton club, et vedette dans les Blues brothers, avait été victime d’une attaque avant de décéder en 1994.

Cabu était fan de Cab, inconsolable, comme nous le sommes aujourd’hui de lui. 

Alors en sa mémoire, et pour faire plaisir à Cabu et « pour se faire plaisir », écoutons et regardons Cab !

Jacques Sapir, un de nos plus brillants économistes,  qui avait prévu la crise financière (lui) dès 2007, nous parle de son collègue Bernard Maris assassiné dans la tuerie du 7 janvier 2015.

2 réflexions sur “CABU ET BERNARD MARIS

  1. Merci pour le commentaire.
    Pour le dessin, il convient de demander l’autorisation à la famille, mais ce n’est bien sûr, ni le contexte ni le moment. Bien artistiquement. F.E.

  2. Eh oui Cabu ne s’était pas trompé à ton sujet il avait remarqué ton grand talent et ton grand cœur. Cabu c’est notre papa à tous c’est notre jeunesse. Il est mort comme il a vécu en grand homme. Il est mort pour ses idées et nos rire et nos joies. On vit dans un monde de fou. Que vivent nos artistes et qu’ils continuent à nous émouvoir et à nous aider à vivre. Que vive la musique et les musiciens les vrais. Bisous Fabrice et merci pour avoir partagé ce super moment d’amitié avec nous. J’espère que pour la pochette de ton prochain disque tu mettras le dessin de Cabu.

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