ET SI JANIS JOPLIN AVAIT SURVECU COMME JOE COCKER ?

  Comme Joe Cocker vient de nous quitter, une question vient en même temps que l’envie de le remercier pour son inoubliable prestation à Woodstock :

(cliquez pour l’écouter dans sa surprenante version de With a little help from my friends des Beatles)

  Depuis l’inattendu retour de son succès discographique, (c’est à dire depuis 1982) entendons-nous le même artiste que celui qui en 1969, sans complexe, sans question, sans mauvais goût, sans imitation, et sans précédent ou presque, avait su donner le timbre du blues et du gospel à une voix blanche dans une musique électrifiée ?

 

  Assurément oui, au moins pour une grande part, et le fait qu’il soit rescapé d’une génération d’artistes à la fois surdouée et décimée dans la fleur de l’âge, donne des pistes à des questions que nous nous poserons éternellement :

  Au milieu des années 70 on ne parla plus guère de Joe Cocker, à tel point qu’à une période le bruit de sa mort couru, crédibilisé par les excès qu’on lui attribuait.

   C’est dire si son retour discographique fut un miracle dans des années 80 qui formataient tout de semaine en semaine, pour construire notre enfermement mental actuel.

   Joe Cocker a su rester lui-même pendant encore trente ans alors que les modes défilaient, et vivant, malgré ses excès.

   Ce miraculé de la génération de la parenthèse enchantée* peut-il pour autant donner une idée de ce que seraient devenus ceux qui n’y pas ont pas survécu ?

   Forte est la tentation de l’ucronie !

    Supposons que les comètes de cette génération de musiciens soient devenues des supernovas comme les Rolling Stones ou les Pink Floyds, supposons qu’elles soient restées en vie, et donc obligées de la gagner dans les Trente piteuses avec des label indépendants disparus, une massification du chômage et de la culture, comment auraient-elles évolué ? Aurait-on vu Jimmy Hendrix sortir des tubes discos ? Tim Buckley chanter avec son fils Jeff Buckley, Jim Morrison ou Janis Joplin chanter du Goldman et finir aux Enfoirés ? (oui j’exagère un peu mais on a vu de pires trajectoires). De tous ces artistes, dénonciateurs de la guerre du Vietnam, lesquels auraient aujourd’hui une vraie réflexion politique ou de simples postures bien-pensantes de plan de carrière ? 

    Le génie des artistes de cette génération de la parenthèse enchantée* est-il le leur ou celui de leur époque ?

   Les deux bien sûr. 

   Janis Joplin est une rares personnes crédibles lorsque qu’elle prononce ces paroles : »Je peux vous dire la vérité ». Que serait-elle devenue ? Si personne n’a la réponse, serait-ce que les comètes sont faites pour rester comètes, justement parce qu’elles ne concèdent rien ?

F.E.

 

*La parenthèse enchantée (1966-1973) est une expression de Françoise Giroux

L’album le plus soul de Fabrice Eulry    Paris Jook

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