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ENTREVUE AVEC MARC LAFERRIERE
En écoutant l’album de ton jubilé (50 ans de carrière musicale en 2006) je me régale autant que tu as du le faire en sélectionnant ces enregistrements qui retracent ton parcours.
Bien entendu, je n’ai pas à me plaindre : 75 ans d’âge, et encore maintenant près de soixante concerts par an (plus d’un par semaine !), la vie est belle et bien remplie . Et puis il y aussi les rencontres : avec des publics différents et toujours nouveaux, avec des régions et des pays, des mentalités à découvrir, et le plus passionnant, les rencontres avec des musiciens que j’estime, que j’admire, parfois que j’aime et avec lesquels il y a l’entente, la communication, la discussion musicale sur l’estrade avec le public pour témoin est un réel bonheur ; je pense à toi Fabrice, à Daniel Huck…
Le caveau de la Huchette où l’on danse tous les soirs depuis 1948.
… à Irakli, Stéphane Guérault, à mon fils Stan, à notre Jacky Milliet, à Aurèlie Tropez, étonnante clarinettiste, à l’ami Boss Quéraud, bien sûr, Alain Bouchet, et tant d’autres rencontrés occasionnellement et dont je ne sais même pas le nom… Oui, tout cela est positif…
Mais… je sens poindre une réserve…
Tout n’est pas si rose, j’ai quelques sujets d’agacement…. Le principal réside dans le fait que le jazz classique, ( Nouvelle Orléans, Boogie, Ragtime, Dixieland, Swing, etc… ) est complètement déconsidéré par les critiques « officiels », par les responsables de festivals, par les cols blancs de la culture décideurs des subventions. Le sommet du mépris à été atteint il y a quelques temps par un célèbre festival de Jazz du sud-ouest qui tout en se targuant d’eclectisme, avait décidé d’un tarif inférieur de plus d’un tiers pour tous les accompagnateurs qui jouaient « vieux style », par rapport à ceux qui jouaient « moderne » ou de la musique dite de création ! Quelle connerie, quelle méconnaissance de la musique, comme si les musiciens de jazz classique, qui ont inventé ce fabuleux moyen d’expression qu’est l’improvisation collective, sur les harmonies d’un thème donné, n’étaient pas des créateurs !!! Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Sinon que dans le domaine du jazz, l’incompétence de ces petits barons des salons parisiens est au pouvoir. C’est lamentable et cela démontre l’inculture des responsables, voire leur malveillance.
Fabrice Eulry et Marc Laferrière au Petit-journal Saint-Michel en juillet 2012
(photo Carole Demolliens)
Ca commence fort, tu es plus en forme que jamais !
Qui aurait l’idée en musique dite classique, de considérer comme ringards des musiciens jouant Vivaldi, Bach ou Chopin pour n’encenser que ceux qui ont choisi la musique contemporaine, Honegger, Dutilleux ou Boulez ?
Nous pouvons passer une annonce si tu veux, je suis sûr que nous aurons des réponses. A ceux qui ne te connaitraient pas encore, je peux garantir que ton propos ne cache aucun sectarisme .Tu écoutes tout volontiers, et tu aimes aussi bien les messengers que Grieg ou John Coltrane… Quant à ceux qui te connaissent, ils sont certainement heureux de constater que ton énergie est intacte.
En tous cas, je n’ai pas constaté ces faits déplorables dans des pays tels que la Suisse, l’Allemagne ou même les Etats-unis… c’est navrant, terriblement réducteur et cela m’agace beaucoup ! Je ne cherche pas à dénigrer les autres formes, je pense simplement qu’il serait temps de ne pas faire remonter la naissance du jazz à Charly Parker ( que j’admire profondément, même si j’y ai mis le temps ! ), et de respecter dans les « hautes sphères », l’époque et les créateurs de cette musique comme Louis Armstrong, Jelly Roll Morton, J.P. Johnson, Sidney Bechet, Fats Waller et tant d’autres ! En méprisant cette musique et ses musiciens, c’est le public que l’on méprise : moi, je m’en moque, j’ai trouvé le mien, mais quel courage il faut aux jeunes nombreux et talentueux qui jouent cette musique pour communiquer leur bonheur dans un tel climat !
Tu penses à eux comme tu l’as d’ailleurs toujours fait, comme récent ancien jeune, je peux en attester; par exemple, le disque que j’ai pu enregistrer
avec toi dans les années quatre-vingt dix a contribué à me légitimer. Mais pour en revenir aux jeunes musiciens qui essaient de faire partager cette musique en 2010, il faut dire que, jusque vers 1975, il y a eu un âge d’or, pendant lequel il semblait trompeusement que la fête serait éternelle.

Du coup, la génération de musiciens dont tu fais partie n’a pas assuré ses arrières ni ceux de la musique qu’elle défendait, elle n’a pas transmis aux jeunes, très égoïstement. Dans ce que tu déplores plus haut, les musiciens de ta génération ont donc leur part de responsabilité. Le fait que tu sois un des rares à qui l’ont ne peut pas faire ce reproche, fait rêver d’une situation qui eut été différente, si tous tes frères d’armes avaient eu ton attitude… mais voilà, maintenant que proposer aux jeunes qui veulent jouer cette musique en public ?
Ce qui est sûr c’est qu’ils ne seront pas sauvés par les « Ecoles de Jazz », splendides mystifications, car le talent ne s’apprend pas, et le jazz encore moins : il se vit .
Vous l’avez compris c’est dans la simplicité de cette réponse que tient son épaisseur, elle n’est pas de l’ordre du concept . Il faut aller écouter jouer Marc Laferrière pour comprendre qu’il sait de quoi il parle, et pour rencontrer ce qu’il entend par : « il se vit. » !
MARC LAFERRIERE VU PAR BOSS
www.marclaferriere.com 
ENTREVUE AVEC RENAUD PATIGNY
Renaud Patigny est un des pianistes les plus populaires de Belgique !
Depuis trente années, il joue partout où on l’appelle, à Paris, aux Etats-unis, en Italie et bien sûr, dans la patrie d’Hergé. Admirateur des pionniers afro-américains du blues et du boogie-woogie il a également composé une série de ragtimes, musique qu’il maîtrise et sait orchestrer. Son compagnon de route le batteur Bob Dartsch, très demandé dans la variété, où l’on a d’autant plus besoin de vrais musiciens qu’il faut compenser la nullité des escrocs, est lui aussi un Bruxellois au délicieux accent, et affiche avec Renaud Patigny vingt cinq ans de complicité, que leurs évolutions parallèles dans le monde du blues devait forcément provoquer.
Vous passeriez un moment unique dans les coulisses, avant d’entrer sur scène avec ces deux Belges, ils tuent votre trac en vous parlant… de bande dessinée bien sûr !
RENAUD PATIGNY
F.E.- Renaud ce qui étonne lorsque l’on te croise à Bruxelles c’est ton activité, tous les projets que tu mènes de front, ta maison semble être un quartier général, où des gens affairés passent et reçoivent tes consignes, quant à toi, jamais avare de ta peine tu es du jour et de la nuit.
RENAUD PATIGNY- Je suis assez écoeuré par la bêtise d’une série de personnes dans le monde des médias et des producteurs de spectacle.
On dirait franchement qu’ils n’ont aucun intérêt pour leur propre métier. Ils m’ont obligé à m’improviser organisateur – producteur – attaché de presse – graphiste – photographe.
Tritons dance : un album très personnel autoproduit par Renaud Patigny.
Heureusement, à force de ténacité on finit par obtenir des résultats même parfois étonnants. Arriver à créer de toutes pièces des évènements d’une ampleur certaine, sans avoir derrière soi les machines de guerre que possèdent certains producteurs, ça tient du miracle. Et c’est ce que j’ai vécu.
F.E.- Voilà des propos qui peuvent intéresser beaucoup d’artistes isolés; mais l’énergie suffit-elle ?
– La réussite a tenu à ce que j’ai su remplacer les moyens matériels par des idées, et puis mon chemin a croisé celui de gens merveilleux, qui même sans avoir de pouvoir ou de relations, m’ont beaucoup aidé en offrant de leur temps, de leur gentillesse.
F.E.- Oui le couplet sur les « gens merveilleux » c’est aussi ta modestie. Il ne faut pas minimiser tes mérites, ton courage.
– C’est à dire qu’en tenant le coup malgré les obstacles importants engendrés par la bêtise incommensurable d’un certain genre, hélas trop répandu de journalistes, à la longue, après ces années de combat (oui, le mot n’est pas exagéré, il s’agit bien d’un combat) j’ai rencontré des gens à l’esprit ouvert, des gens qui malgré toute la grisaille de ce monde pitoyable et impitoyable, restent enthousiastes, sensibles, intelligents et osent encore rêver. Puis enfin, j’en ai même rencontré qui ont leur mot à dire. Ca m’a donné un formidable coup de fouet.
Boogie-woogie à l’affiche …
… avec parfois, Geniève Dartevelle
Et toutes ces énergies mises ensemble ont donné au bout du compte une chose rare : de grandes scènes consacrées aux styles du jazz des origines, pour de vrais concerts avec de bons musiciens devant des salles pleines. Bref, le rêve qui s’accomplit.
F.E.- Certes mais il y des échecs. Au Cirque royal l’année dernière le public (à Bruxelles l’équivalent de l’Olympia à Paris) n’était pas au rendez-vous. Je précise cela non par cruauté, mais pour que ceux qui lisent comprennent que rien n’est jamais gagné, que faute de relais, tu dois tout recommencer à zéro chaque fois !
– Oui j’y ai laissé des plumes mais je me suis relevé parce que la musique que je défends en vaut réellement la peine. Je suis parti simplement du principe que si j’ai été tellement bouleversé par la voix de Bessie Smith, par le son de Bix Beiderbecke, le swing des orchestres des années 1920, etc, il y a des chances que d’autres ressentent également ce frisson.
Or les émotions que toute cette musique a produit en moi sont si profondes et fortes, que j’étais persuadé envers et contre toute la planète des cons, et Dieu sait si elle est énoooorme…
F.E.- Il s’agit plutôt, d’une galaxie.
RENAUD PATIGNY – J’étais persuadé que malgré eux, quelque chose allait se passer, que j’aurais la force d’aller loin, ou de tenter de le faire.
Et puis ce n’est pas de ma petite force personnelle qu’il s’agit mais de l’impact de ces styles musicaux magiques qui est resté inchangé un siècle plus tard : il suffit de voir à quel point des enfants réagissent avec enthousiasme lors de concerts de ces styles pour comprendre immédiatement qu’il n’est pas encore temps de tourner la page, et d’ailleurs je pense que le jazz des origines est peut être même plus moderne, plus innovant que le « jazz moderne » et la plupart des styles musicaux prétendus actuels.
F.E.- Bien sûr « musique actuelles » c’est un slogan commercial, toute la musique est actuelle.
Bob Dartsch a accompagné régulièrement Renaud Patigny avec le même talent qu’il su a déployer auprès des trois quarts de ceux qui font du blues sur la planète. Il a même enregistré avec Plastic Bertrand, touchant la somme de 500 francs français de 1977 pour être le batteur de Ca plane pour moi).
RENAUD PATIGNY- Ma conviction personnelle est qu’il s’est passé quelque chose d’exceptionnel dans les années 1920 en Amérique, les Afro-Américains mélangés à la culture musicale des blancs ont créé un genre qui pour moi est intemporel, unique. Hélas très peu de musiciens sont capables de le comprendre et de l’interpréter valablement, toi oui Fabrice ! C’est pas pour te jeter des fleurs mais c’est un fait.
F.E. Pardon mais pour moi, les styles ça n’existe pas, il y a des cultures c’est vrai, mais il y a surtout des bons et des mauvais musiciens. Et ce n’est jamais définitif; si un soir je ne suis pas « dedans » je passe dans le camp des mauvais, et je rentre chez moi miné.
– En tout cas les musiques nées à cette époque ont hélàs été par la suite massacrées, je pense qu’elles méritaient mieux. Voilà, mais je dois courir, j’ai encore tant de trucs à faire ce soir, c’est épuisant, je dois même jouer du piano !!!
Vous pouvez visiter le site de Renaud Patigny sur :
Et visionner le final du festival qu’il organise :
ENTREVUE AVEC CARL SCHLOSSER
Nous nous connaissons depuis 1987 lors d’une épreuve terrible, engagés pour une tournée estivale par un chanteur tyrannique et déséquilibré. Dans la difficulté nous avons vite appris à nous apprécier et nous entraider.Né le 3 décembre 1963, Carl Schlösser flûtiste saxophoniste et surtout catalyseur d’émotions, a bien voulu que j’écrive notre échange, pour le Canard du pianiste, pour vous 




A 14 ans, je cherchais à jouer avec des gens. Pour moi c’était ça la musique et non les cours du conservatoire qui consistaient à jouer les partitions de la méthode de flûte traversière devant mon professeur. La première réponse que j’ai donnéé a été l’achat d’une guitare électrique. J’ai fait du rock, je me suis enfermé dans ma chambre, mon père était furax ! Mais à 15 ans mes parents m’ont inscrit à l’IACP. C’était l’école de jazz la plus médiatisée, ils pensaient bien faire.
On y prônait la négation de toute tradition.
Certes il y régnait aussi un caporalisme qui contredisait l’appellation «free» jazz qu’on y revendiquait. J’ai un bon souvenir du directeur Alan Silva et son big band. «Celestrian communication orchestra» mais quand on m’a confié de relayer les profs de flûte qui avaient trop d’élèves et que j’ai eu le malheur de montrer ce qu’était un blues, on m’a prit à part «C’est pas ce qu’on enseigne ici.». Alors en 1982 je suis parti.
Entre-temps, avec Pierre Faure, Serge Adam Philippe Selam, Jacques Marugg tu avais co-fondé «Quoi de neuf docteur ?» Orchestre de 10 musiciens. La musique était entraînante.
Oui au début mais en 1987 quand ça a pris une tournure « musique improvisée européenne » on s’est retrouvé avec des partitions sur scène. Ca manquait de spontanéité. J’ai arrêté. Entre temps j’avais aussi tourné à trois flûtistes avec Pierre Faure, et Earldridge Hansberry.
Est-ce que ces formations tournaient beaucoup ?
Pas assez pour ne faire que ça, je donnais des cours à Sucy en Brie également pour subsister, avec plaisir d’ailleurs, j’aime partager. Comme je ne fait pas beaucoup de pédagogie j’y prends toujours plaisir. En 1987, suite à ta rencontre j’ai fondé X trio avec Jane X et un certain Fabrice Eulry. Un trio sans basse ni batterie mais avec un pianiste qui remplaçait avantageusement les deux ! Jane une chanteuse américaine avec une voix atypique et une grande connaissance du blues, de tous les blues. Nous avons beaucoup joué et il y a de merveilleux souvenirs. J’en ris encore quand tu me les remémores avec ta memoire de chameau.
Là encore cela ne suffisait pas pour vivre et quand Claude Bolling t’a offert de rentrer dans son orchestre X trio s’est arrêté tout naturellement.Tu m’as dit que tu étais trop jeune et que tu n’étais pas préparé pour encaisser la violence du monde de la variété en marge duquel Claude Bolling évoluait. Par son biais tu as joué avec des gens très populaires autour de qui la pression était grande Guy Marchand, Jerry Lewis, Ray Charles. Comment peux-tu expliquer aux lecteurs de ce site que la montée dans la notoriété ne s’apparente pas à une montée au paradis ?
Avec Bolling j’avais encore un bouclier, c’est quand mon nom est monté que j’ai été dans le malaise. J’aime l’intimité parce qu’on y trouve l’authenticité des rapports humains; c’est imcompatible avec ce tourbillon parisien dans lequel j’étais pris.
Début 1991 un technicien de Claude Bolling voulant devenir producteur te fit enregistrer ton premier disque sous ton nom : «Back to live» Ce fut aussi mon premier disque tout court puisque tu m’avais choisi comme pianiste.




… Le disque « Back to live » fut enregistré au Petit-Journal Montparnasse en janvier 1991. Le disque était double : le trio Colas tout d’abord avec Nicolas Montier, puis l’autre saxophoniste tenor, Carl Schlosser avec son quartet, puis un morceau tous ensemble en hommage au jeune contrebassiste Pascal Chebel qui aurait du enregistrer avec nous si le destin n’avait pas arrêté l’ascencion de ce contrebassiste que tout le monde commençait à s’arracher. Le soir de l’enregistrement, la salle était bondée. Le disque avait été bien promu, et pour une fois les journalistes s’étaient déplacés. Mais le drame pour le trio Colas fut la dissipation du public au début de la soirée, restauration oblige. Cet orchestre réenregistra donc, au Flamingo, bar éphémère de St Michel où l’on put cependant entendre des musiciens fabuleux, de François Rilhac à Patrick Saussois, entre 1990 et 1992.
Nous avons partagé ce disque avec le trio Colas de Nicolas Montier. Mon nouveau quartet comprenait aussi le batteur de Claude Bolling Vincent Cordelette. Hélas, quelques temps avant d’enregistrer, le contrebassiste Pascal Chebel mourru d’un accident de la route en rentrant de jouer avec nous.
Nous étions boulerversés en jouant pour lui à son enterrement.
Jean-Pierre Rebillard l’a remplacé. Et a fait un beau boulot. Nous avons beaucoup joué pour la danse au Caveau de La huchette, au Slow-club, j’invitais alors un autre saxophoniste, mon ami mon «frère»Philippe Chagne, nous jouillions du honky-tonk
.
Carl Schlosser, au caveau de La Huchette avec Dany Doriz .
Ta recherche du Graal te poussa alors dans une autre direction, tu a largué cette vie en pleine prospérité. Ton étoile montait sans cesse, le saxo était à la mode, mais tu as tiré le rideau. Peux-tu expliquer quelle force motive une telle decision à ceux qui ne comprennent pas ce comportement qui peut leur sembler destructeur ?
Je voulais fuir ce côté scolaire, et j’étais impréparé à prendre autant de coups. Me prouver que j’étais capable de faire du bebop du hard bop, sachant pertinement que je n’en voulais pas, que c’était une autre illusion, un académisme de plus. Au duc des lombards, je voulais aller jusqu’au bout de l’absurdité. J’ai souffert alors d’autres choses. La jalousie de musiciens allant voir le patron quand je jouais au Duc des lombards «C’est pas un club de blues ici».Moi je les enquiquinais «je joue avec Wild Bill Davis avec Ray Charles (mais les connaissent-ils ?!) Il y a eu aussi les directeurs de festival qui imposent les gens avec qui j’allais jouer, ceux qui ont mis deux ans à m’engager et qui ralent parce qu’entre temps mon projet musical a évolué. Mais tout ça n’est rien à côté de la sensation d’être un





robot, mon jeu était devenu mécanique et je passais ma vie dans les transports, confronté à des gens qui vous reçoivent dans des festivals trop gros en ne vous parlant que des autres artistes qu’ils ont programmé et dont la présence prestigieuse les valorise (c’est à dire qu’ils ne vous parlent que d’eux-mêmes ) : «on a eu untel» «on a fait untel» «c’était géant» qu’est-ce qu’il en savent ? Forcément une « tête d’affiche » chez eux, ça ne peut-être que géant.
Un jour après un gros festival, je suis rentré chez moi miné, j’ai décidé de répondre à chaque proposition que je n’étais pas libre et je n’ai fait que quelques concerts avec des gens de confiance, avec qui je savais que ce serait magique.
Et tu as fait de la prise de son chez toi.
Les musiciens se sont précipités pour enregistrer chez moi.J’ignorais que cela me permettrait de vivre dans l’aisance si vite. J’ai surtout vu le recul que cela me donnerait. J’entendais tout et quand je pouvais me le permettre je faisais des remarques et peu à peu, avec la confiance des musiciens, je glissais un peu vers le rôle de réalisateur.
Tu avais de la crédibilité !
Avec ceux qui m’appréciaient, ça faisait la sélection naturellement !
C’était vers 1995. Tu restais dans la pratique instrumentale cependant. J’ai pu te convaincre de monter sur scène pour une de mes premières «Nuits du Ragtime» nous avons joué une réduction pour piano et flûte de la suite américaine de Julien Porret : exécution et enregistrement inédits ! En 1995 tu as fais du cirque avec le pianiste Franck Jacquart, huit ans après notre rencontre pour une tournée estivale dans des caravanes c’était un retour aux sources. Tu parlais de ce nouveau projet comme d’un rêve et vous l’avez vécu comme tel.
J’ai écrit alors la musique d’un spectacle qui s’appelait amor et captus et je suis parti faire du cirque ! Je voulais partager la musique avec d’autres disciplines artistiques et ne plus jouer dans les clubs.
Un phénomène sociologique dont internet n’est pas la seule cause, a fait qu’au début des années 2000 beaucoup de gens, dont des musiciens, ont déserté Paris. Tu en as a fait partie sans regret toi, qui est pourtant parisien… En venant dans cette région (Saintes), j’ai constaté qu’il y a un beau réseau de gens actifs et bienfaisants. Des musiciens comme Michel Boudjéma, Jean Dufour, l’abbé Fougerai, des mécènes comme Brigitte et Christian Doublé qui ont même réussi à faire venir Monty Alexander qui est tombé amoureux de la région. Et à Vaux sur mer tu as réussi à créer un festival qui dure en surmontant les inerties administratives.
Ecoutez et regardez Carl improviser sur sa composition La gamine : http://www.youtube.com/watch?v=H1SrJyXthMs
Je suis en train de réaliser que je marche à l’instinct et que c’est cet instinct qui me donne la force d’enchaîner des choses aussi différentes.
Mais quand il les a posées je travaille de façon cartésienne.
Je ne peux faire de plan de carrière, je ne suis pas un homme de hiérarchie, de concepts, mais de terrain. Je ne peux pas dessiner moi-même de trame, mais je peux m’approprier celle qu’on me propose et la conjuguer à mon goût.
A bon entendeur, à bon lecteur.
Oui je trouve plus jouissif de dire «Qu’est-ce qui vous faudrait ?» que de présenter un projet clé en main en bon vendeur. Au bout du compte je fais ma chose de la responsabilité qu’on me confie. Si on me la confie c’est qu’on me fait confiance !
Voici son site : www.myspace.com/carlschlosser
Regardons Carl Schlosser interprèter Georgia on my mind : http://www.youtube.com/watchv=omtNPEgc1bM
Carl Schlosser et Fabrice Eulry en disque
En 1990, Carl Schlosser (saxophone ténor, flûte et clarinette) monte un quartet avec le regretté Pascal Chebel à la contrebasse, Vincent Cordelette le batteur de Claude Bolling, et Fabrice Eulry au piano. Un soir après avoir joué ensemble au slow-club (renforcés par Philippe Chagne, Laurent Galeazzi remplaçant alors Cordelette). Pascal Chebel se tue dans un accident de voiture en rentrant chez lui. C’est Jean-Pierre Rebillard qui le remplace pour le disque Back to live enregistré début 1991 au Petit-journal Montparnasse, disque qu’il partagent avec le trio Colas (qui enregistre au Flamingo). Très médiatisé, produit par Lionel Haidant ingénieur du son de Claude Bolling, il est primé, et connaît un bon succès commercial.
(Cliquez sur la pochette de Back to live pour le commander) ENTREVUE AVEC MARGAIT
Margaït, compositrice pianiste et chanteuse parisienne, nous fait partager sa passion :
F.E. – Quel a été la rencontre musicale la plus déterminante ?
Photo: Tony Soulié
MARGAIT – Astor Piazzolla est mon compositeur préféré depuis 30 ans, il est mon « Chopin », l’inspiration m’a été dictée, et je pense qu’elle constitue sans aucune prétention de ma part, une valeur ajoutée, à son œuvre. En écoutant la première fois le « Tango Diablo », je fus immédiatement saisie et séduite par cette musique, j’ai senti l’écho en moi en parfaite adéquation avec elle … cette résonance évidente ne m’a jamais plus quittée. J’ai écrit mon premier texte sur le Libertango en 1989, 6 autres suivront. J’ai toujours incorporé à mes prestations ce morceau de Piazzolla etdepuis 2005, je lui rends hommage en ne chantant que son répertoire avec différentes formations, du solo piano-voix au big-band, et dans différents cabarets : Petit-Journal Montparnasse, Baiser Salé, à Palombara (Rome… ).
MARGAIT à ROME
MARGAIT AU PIANO CONDUIT UNE GRANDE FORMATION AU PETIT-JOURNAL MONTPARNASSE
F.E. – Comment servir la musique d’Astor Piazzolla ?
MARGAIT – J’aime faire connaître sa musique dans tous les sens de terme et avec tous ses états d’âme aussi bien :
– révolutionnaire, (Libertango, Violantango … )
– poétique, ( Pajaros perdidos, Oblivion… )
– spirituel, ( Ave Maria, Milonga, Muerte, Resurreccion del Angel …
– cinématographique, ( Il pleut sur Santiago, Vuelvo el Sur … ) Sur la musique : « Il pleut sur Santiago », J’ai écrit à Astor qu’avec sa musique, je l’emmènerai au bout du monde… Porter avec lui un message humanitaire d’Amour et de Paix fait partie intégrante du projet musical de ma vie.
F.E. Tout cela s’est également traduit par des voyages.
MARGAIT – A New-York où j’ai séjourné…
Margait à New-York où elle rencontre Herbie Hancock.
…ainsi qu’à Buenos-Aires où, en Novembre 2008, j’ai rencontré Amélita Baltar, compagne et Chanteuse d’Astor Piazzola. J’y ai donné un concert en hommage à Piazzolla au Club « Morocho del Arrabal », également rencontré avec Carla Puglièse pour laquelle j’ai écrit des paroles sur 2 de ses compositions. 
F.E. Que suggérer à ceux qui disent que les mots ne sont pas nécessaires à la musique d’Astor Piazzolla, qu’elle se suffit à elle-même ?
MARGAIT – Je suis une branche supplémentaire de l’arbre Astor Piazzolla !
F.E. Mais pas seulement ! Pour découvrir tous les jardins que Margaït cultive, visitons :
www.margait-prigent.com/
www.myspace.com/margait
www.facebook.com/margait.prigent
MARGAÎT A PARIS AVEC LUTHER ALLISON
ELOGE FUNEBRE D’UN GRAND MUSICIEN
La disparition de Jean-Claude Naude, début 2008, fut douloureuse, et la cérémonie pesante comme les épreuves qui jusqu’au bout, marquèrent sa vie. Officier à l’harmonium de l’église de Chalo St Mars avec Francis Darizcuren improvisant au violon, m’offrit un des seuls moments de répit dans cet accablement. Il y en eu un autre, lorsque le batteur et compagnon de route de Jean-Claude Naude, Yves Legrand, prononça le discours que je vous livre intégralement, car au-delà de l’éloge, il nous restitue la condition d’un grand musicien français à travers la deuxième moitié du XXème siècle. F.E.
Mon cher Jean Claude, mes amis « On ne se méfie jamais assez des mots » C’est ce qu’a écrit Céline, ton auteur préféré, dans son Voyage au bout de la nuit. Aussi vais-je rester sur mes gardes. Qui d’entre nous ne s’est jamais plaint d’un genou qui craque, d’une vertèbre qui s’égare ou du mauvais temps qui perdure ? C’est si habituel dans notre langage quotidien que l’on n’y fait plus guère attention. Il y en a même parmi nous, je suis de ceux-là, qui aiment à philosopher longuement sur l’impuissance humaine à juguler le torrent destructeur du temps. Et dans ce cas précis, nous ne manquons pas de mots pour alimenter nos jérémiades. Mais, lorsque avec une soudaineté impitoyable, la Camarde ainsi que la nommait Brassens, nous prive d’un compagnon aimant et attentif, d’un ami fidèle et attentionné, d’un homme exigeant dans ses formes de pensées, d’un artiste inspiré et protéiforme, pétri d’humour et fin connaisseur des plaisirs de la vie… tout bascule : les uns hurlent leur douleur, crient à l’injustice, accusent autrui des circonstances fatales qui ont précipité les choses…avec de pauvres arguments vite noyés sous un flot de larmes. D’autres ne disent rien. Un grand vide s’est fait en eux, asséchant leur esprit, bloquant leur parole. Seul le cœur leur dicte la conduite à tenir. Le mien a ouvert en grand les portes de ma mémoire et m’a conseillé de parler, de parler de toi.
Avec ta modestie coutumière, mon cher Jean Claude, je suis prêt à parier que tu ne te reconnais pas dans ce compagnon, cet ami ou cet homme si riche de qualités. Il m’appartient donc de t’en apporter quelques preuves. Une simple plongée dans le coffre bien rempli de mes anciennes émotions, suffira à faire réapparaître ces épisodes marquants qui ont scelés notre amitié. Te souviens-tu d’un poème que je t’avais dédié, comme tant d’autres écrits censés agrémenter tes anniversaires ? Oui je le pense car cela te permettait parfois de minorer mes prétentions de scribouillard.
Il y était question d’un roi peu ordinaire. En voici un extrait.
Il est des Rois sans équipage,
De bien plus nobles que sang bleu,
Qui façonnent de belles pages,
Mais dont l’Histoire se soucie peu.
Je sais un Roi pour moi unique,
Qui n’a ni trône ni sujet,
Pas de couronne mirifique,
Et que n’honore aucuns hauts faits…
Pardonne-moi ce minimalisme Jean Claude. La quête de la rime parfaite m’avait conduit à falsifier la vérité. Pas de couronne mirifique, certes, mais des hauts faits, je peux en citer au moins cinq auxquels j’ai glorieusement participé. Dans la fièvre et avec un si fol enthousiasme. Souviens-toi :
– De ton premier concert de Jazz avec ton Big Band façon Count Basie. En public et enregistré par l’ORTF.
– Du premier disque de ton Big Band, titré: « Enfin ». 
Uniquement des compositions signées et orchestrées par toi. Avec en prime, des séances de studio inoubliables.
– De ta première émission télévisée avec le Big Band, pour Jean Christophe Averty.
– De ta première participation, avec ce même Big Band, au Festival de Jazz d’Antibes. Un fabuleux coup de poing dans le Jazz français, comme l’avaient écrit certains journalistes.
Jean-Claude NAUDE à la trompette avec son grand orchestre à Antibes en 1967 (excellente photo de Dominique Wolf). Remarquons l’absence de sonorisation (les micros que vous voyez sont là pour enregistrer) et donc l’absence de retours et autres prothèses : ce n’est pas de la musique de bidons, il faut s’écouter mutuellement et jouer pour de bon !
Autre remarque : Jean-Claude NAUDE n’a pas mis ses initiales sur chaque pupitre, mais a eu la générosité et la patience, d’afficher le nom de chaque musicien, à la main, devant chacun, c’est la première fois que je vois un chef d’orchestre faire cela ! [NDFE] Yves Legrand est à la batterie en arrière-plan : je lui laisse de nouveau la parole :
... De ta première musique de film. Soixante musiciens et solistes interprétant un florilège de styles musicaux d’où émanait une grande force évocatrice. Ma comptabilité s’arrêtera là, car la multiplication de tes « Premières » dépasse mes capacités de mémorisation. Oh oui! Ce furent des moments bénis, exceptionnels et insouciants. Dieu que c’était merveilleux de ressentir au fond de soi, les pulsations et les vibrations qui, à l’unisson de ma batterie, provenaient des cœurs de tant de musiciens passionnés. Tu étais le créateur, l’ordonnateur et l’organisateur de nos orgies musicales. Et pour ce faire, tu t’enfermais des jours durant dans la pénombre enfumée de ta chambre à Jazz, burinant, modelant sans relâche, des compositions qui transcendaient l’orchestre et le public.
Special blend (1971) un disque du fameux orchestre de Jean-Claude Naude . Ce n’est pas faute de l’avoir aimée, comme l’indique le premier titre, mais c’est hors de France que la réputation de ce grand orchestre a le plus fait des siennes.
01 – Allez France
02 – Stick
03 – Pas de loup
04 – Blue Frog
05 – En voiture Gilberte
06 – Un canard laque
07 – Special Blend
08 – Flute en chantier
09 – Rainy Day
10 – Quarte en quarte
Ta jeune expérience de trompettiste dans les caves du quartier Latin, t’avait apprise que le Jazz se passe fort bien de décorum. Que cette musique venue d’ailleurs était une alchimie dont la forme modale, la ligne mélodique, l’harmonie et le rythme, faisaient naître une flamme qui réchauffait les âmes en errance. A cette époque, Saint Germain en regorgeait. Certains soirs, sous l’impétuosité de ton souffle alors inépuisable, tu impulsais à ta trompette une force phénoménale. Et à l’exemple de tes lointains confrères de Jéricho, tu faisais chuter des murs de solitude tout en offrant aux rats des caves, des brasiers de chaleur humaine.









Hélas, aussi éclatante que soit la flamme de ces feux éphémères, cela ne suffisait pas à faire vivre ta famille. Et pour ne rien arranger, nous avions toi et moi des estomacs insatiables. Nous nous sommes donc résolu à intégrer un monde de paillettes et de strass. Là où la douteuse complaisance flirtait avec l’indigeste compromis. Nos chemins prirent alors des directions différentes. Pas notre amitié, fort heureusement. De loin en loin, chacun de nous savait ce que l’autre, l’ami, le frère, faisait de sa vie. Ereintante et contraignante fut la tienne. Famille nombreuse et travail excessif ne font pas bon ménage. J’en mesurerai moi-même et à mon grand désarroi, les effets négatifs. Etranges destinées que les nôtres. Elles se voulaient parallèles, elles devinrent tangentielles. De quoi rendre perplexe un géomètre pointilleux.
Peu nous importait alors que nos vies tanguent ou se disloquent. La musique nous prodiguait argent, succès et notoriété. Toi tu passais de ton obscure chambre d’écriture à l’aveuglante clarté des projecteurs, avec l’aisance d’un Dieu Hadès mâtiné de Vulcain. Moi je réitérais les exploits d’Ulysse, visitant maints pays, vivant des aventures pittoresques et des rencontres improbables.
Comme tout semblait aller de soi durant ces années-là.
Le disque New-Orleans forever du Septet de Jean-Claude Naude.
Jusqu’au jour funeste où, balayés par un Tsunami moderniste qui dévasta par vagues successives ce métier que nous aimions tant, nous nous sommes retrouvés naufragés et meurtris sur les ruines de notre jeune passé. Années grises et noires. Le choix était mince et l’adversité tenace. Ensemble nous irons vers un Canossa mercantilisé, vendre n’importe quoi pour tenter de survivre. Vaines tentatives qui n’auront pas raison de notre attachement envers la musique. Mais en plaçant Martine sur ta route, le destin fut pour toi plus accommodant. Femme providentielle, elle t’aida à surmonter tes épreuves. T’insuffla une nouvelle énergie pour poursuivre tes études pianistiques, abandonnées dans l’adolescence au profit de ta trompette. Or depuis quelque temps déjà, tu ne pouvais plus l’emboucher à cause de problèmes orthodontiques
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Certes, mais avec des mains trapues qui savent toujours où elles vont, au service d’une harmonisation impeccable, la reconversion fut exemplaire. [NDFE]
Le cœur en loques ne s’émeut plus,
Mais bat encore pour ceux qui sèment,
En nos sillons de cuir fourbu,
Graines d’amour ou plants de haine.
Martine deviendra peu à peu ton âme sœur, ton égérie, l’épicentre de ton existence. Elle fut à l’origine de nos retrouvailles et de haltes chaleureuses, que ta générosité ennoblissait et qui me permirent de garder la tête hors de l’eau. En ces temps perturbés, ne pas couler à pic tenait du prodige quotidien. Et ce prodige portait l’estampille de vos noms entrelacés.
Qu’il fut bon être ton ami,
Et celui de ta belle de cœur,
Car vos deux âmes réunies
Etaient une source de bonheur.
La vie est une fieffée garce.
Les mécréants que toi et moi nous avons toujours été, viennent d’être brutalement rappelés aux tragiques réalités humaines. La musique, à l’inverse des croyances égyptiennes qui t’interpellaient parce qu’elles s’inscrivaient dans une souveraine immortalité, la musique disais-je, ne confère pas, hélas, la vie éternelle aux musiciens. Tout juste une postérité cinquantenaire entretenue par la sacro-Sainte Sacem. Et nous voici maintenant tous réunis autour de toi, compagne, enfants et amis, la tête pleine de regrets et le cœur déchiré. Que de choses aurions-nous pu encore partager ensemble. Pourquoi n’avons-nous pas fait ceci ou cela pour te faire plaisir ? Pourquoi est-ce toi qui part et pas moi, qui vit seul et sans avenir?
Bref, l’injustice suprême.
S’il est des Rois sans équipage,
De bien plus nobles que sang bleu,
Tu fus Jean Claude et sans partage,
Un Roi solaire, hôte fabuleux. 
Je veux croire que tous ici, nous nous efforcerons de garder de toi mille souvenirs fugitifs mais à prolongement durable. Oui…J’imagine que cette opposition de sens t’aura fait sourire. Toi-même tu n’en étais pas avare. Saches que nous aurons à cœur de raconter à nos proches combien tu étais unique. Par ton talent, par ta personnalité attachante, par ton humanité cachée sous un regard parfois frondeur et derrière tes facéties de carabin. Le gaulois que tu étais, furieusement contestataire et râleur comme il se doit, abritait en son sein le druide d’une religion du bon vivre. Je tenterai de la perpétuer. Mais je ne te cacherai pas Jean Claude, que sans ta présence, j’aurai grand peine à en dire la messe. Voilà…Voila ce que je tenais à te dire, mon ami. Ah! J’allais oublier. J’espère que tu n’estimes pas t’être débarrassé à jamais de ma grande carcasse et de mon humour douteux. Nous nous retrouverons, Jean Claude. Tôt ou tard, là où tu es. A moins que…Oui à moins que Saint Pierre t’ait réservé une place particulière, pour ne pas dire privilégiée. Prés, tout prés des maîtres de la musique, au coude à coude avec ces géants du jazz qui ont inspiré tes compositions les plus abouties. Nos amis musiciens venus te rendre hommage et moi même, aimerions tant t’écouter jouer aux côtés de Louis Armstrong, de Cotie William et de Rex Stewart, chez Duke Ellington ou Count Basie. Et pourquoi pas un quatre mains avec Jerry Roll Norton, Fats Waller, Errol Garner ou Oscar Peterson ,
Nous sommes déjà impatients d’entendre le méga concert céleste que vous ne manquerez pas d’organiser pour nous. Du moins pour ceux dont les oreilles sont encore intactes. Comme tu le vois, tu as du travail en perspective. En attendant ce jour fastueux, permets-moi Jean Claude, de saluer en toi l’homme sans lequel le jeune musicien que j’étais, ne serait pas devenu ce qu’il fut. Et pour conclure cette avalanche de mots, j’emploierai les seuls qui puissent quelque peu adoucir notre séparation.
Ils sont simples et beaux.
Ce n’est qu’un au revoir, mon frère… Oui, ce n’est qu’un au revoir…
Yves Legrand
Une oeuvre de 16 minutes composée par Jean-Claude Naude est visionnable sur la chaîne dailymotion : « Tell me a Jazz Story » : vidéo du concert d’automne de l’Harmonie Nautique
avec le Geneva Brass Quintet Victoria Hall à Genève, Suisse, le 29 novembre 2009.
La vidéo est barbante (caméras fixes), et la prise de son est manifestement celle des caméras, mais merci aux élégants collègues genevois de leur travail, qui rend bien compte de l’écriture corsée du maître qui savait faire sonner les cuivres !
En ouvrant le site , c’est Jean-Claude Naude http://www.jeanclaude-naude.fr/ lui-même que l’on entend dans Plein coeur, une de ses délicieuses compositions, et là, si vous voulez entendre un son de trompette qui vous fasse frissonner… F.E. 
Ici un document historique imprégné de l’intensité du direct au coeur des années 1960 :











































