HUGO ET SHAKESPEARE

    

Chaque langue participe à la richesse de l’humanité. Il est donc insensé d’opposer Shakespeare à Hugo. Le plus sûr moyen de ne tuer ni l’un ni l’autre est de ne pas parler le Shakesgo ou le Hupeare mais de bien parler correctement l’Anglais comme le Français. Les Quebécois nous donnent l’exemple : en effet les cousins insularisés dans un océan d’anglophonie, ont su souvent et sans rancune, faire la part des choses avec créativité.

Quelques idées simplistes :

« Le grignotage du franglais est inéluctable » :

Dans les années soixante nous disions encore shoot pour tir, ou goal pour gardion de but. Les Québécois pour le plus grand bien des francophones, ont inventé courriel, qui remplace peu à peu email depuis six ou sept ans.

« Le français recule dans le monde » :

C’est un point de vue parisianniste. C’est en réalité l’influence française qui recule. C’est désormais en Afrique ou au Canada que l’on parle et que l’on écrit le français le plus châtié, et le plus créatif. La population francophone augmente dans le monde. Elle est toujours la deuxième langue en nombre de pays. Le recul correspond au recul historique de la France dans le monde, mais ce recul s’est déjà découplé avec celui de la francophonie à mesure que l’influence française s’amenuise. Au fur et à mesure de ce découplage, d’autres foyers de la francophonie prennent le relais.

« L’Anglais prédomine et prédominera plus que jamais »  :

Attention encore au nombrilisme qu’ils soit parisien, continental, ou occidental : l’Anglais recule en proportion de la population mondiale. L’espagnol est depuis les années 2000 la langue maternelle la plus répandue.  De plus on confond souvent la langue de Shakespeare avec le Globish celle des marchés financiers dominants Wall street et de la City. Un changement du centre de gravité financier mondial peut tout changer dans de brefs délais.

« Les mots anglais enrichissent la langue française » :

Certes, ils le devraient, mais très souvent c’est la substitution pure et simple : timing à la place d’horaire, team à la place d’équipe,  ou pis, la substitution réductrice : « il est cool » peut vouloir dire « il est calme », « il est rigolo » « coulant », et par euphémisme « mou », « lent », « complaisant »… déjà ici six nuances que ke français offre et que l’on s’interdit, parfois à dessein, pour s’exprimer sans s’exposer. Exemple typique de reproche non assumé fait à un employé en retard : « C’est pas vraiment cool*, faut faire un peu gaffe au timing ».  En français : « Ce n’est pas sérieux, faites attention à l’heure désormais » paraît raide dans un monde où l’on n’ose plus appeler un chat un chat, et dans lequel le narcissisme ordonne de donner image sympathique à n’importe quel prix,

Le franglais, virus décliné du globish assigné à la francophonie, a donc non seulement pour conséquence de détruire la langue en gommant les nuances, mais aussi d’offrir un instrument de manipulation à un degré que le français n’avait jamais proposé.

*On notera ici que cool se traduit par « sérieux » ! Soit un sens différent parfois même opposé aux six premières nuances proposées ! Le franglais permet donc de dire tout et son contraire, tout en s’exprimant de manière unilatérale (pour soi uniquement). Comme langage il n’est donc pas un lien de partage, mais un lien de pouvoir ou au mieux, d’esquive de la relation. Il est l’anti-matière du français, et comme par hasard cette prédation se retrouve dans les intérêts de ceux qui répandent et promeuvent le globish qui nivelle les cultures, puisque c’est aussi la langue des adorateurs du veau d’or.

« Les mots anglais détruisent la langue française » :

 Quelques contre-exemples : certains mots n’ont pas d’équivalent français : tempo, pizzicato, témoignent de la créativité Italienne  à la Renaissance. Ragtime (ci-contre, Scott Joplin) Blues, swing gospel, spiritual témoignent de la créativité afro-américaine au XXème siècle. Ni Québécois, ni nous, ne cherchons à les franciser, et nous aurions tort certainement, car il portent en eux l’histoire de l’apport extérieur non agressif mais plutôt avenant, de caractère artistique, donc universel ou du moins partageable. Ce ne sont pas des mots de franglais et fonts partie du vocabulaire francophone comme restaurant est au patrimoine de la langue Shakespeare Nous sommes si reconnaissants de ces dons, que malgré notre accent nous les conjuguons parfois dans la langue d’origine ! : un swing des swing, un tempo des tempo. F.E.

Laissons à présent la parole aux cousins :

Voici, ce que nous relate le Québécois Michel Brûlé dans son dernier ouvrage : 

« … il nous faut pour cela remonter en 1066, à l’époque où Guillaume le Conquérant, Duc de Normandie, monte sur le trône d’Angleterre à l’issue de la bataille d’Hastings qui l’oppose à Harold Godwinson, le dernier roi anglo-saxon de la perfide Albion. Une fois couronné, Guillaume impose le franco-normand comme langue officielle en lieu et place de l’anglo-saxon qui reste néanmoins la langue maternelle de la paysannerie anglaise. Pendant près de trois siècles, la monarchie et la noblesse anglaises ne parleront que le Français. En 1328, Charles IV, dernier roi de la dynastie capétienne, meurt sans héritier mâle. La crise de succession, qui oppose Edouard III d’Angleterre et Philippe VI de Valois auquel le trône échoira finalement, débouchera sur la Guerre de Cent Ans pendant laquelle deux rois francophones n’auront de cesse de se disputer le royaume de France.

Durant cette période naquit de part et d’autre de la Manche un certain patriotisme, qui se manifesta en Angleterre par le refus croissant de la bourgeoisie d’utiliser le Français dans les actes de justice ainsi qu’à l’Université. L’Anglais moderne apparut donc dans le courant du XVème siècle et résulta de la fusion progressive du franco-normand et de l’anglo-saxon. A cet effet, on remarquera qu’environ 29% des mots en Anglais sont directement issus de la langue française, laquelle reste à ce jour, la source principale de la langue anglaise devant le latin (28%), les langues germaniques (25%, y compris le vieil anglais) et le grec (5%).

C’est concomitamment au déroulement de la Guerre de Cent Ans que le « je » en Anglais aurait basculé de la forme minuscule à la forme majuscule (le fameux « I »). De plus, alors qu’à l’origine « you » signifiait « vous » et « thou » signifiait « tu », le « thou » a fini par disparaitre pour ne plus laisser que le « you », non pas signe de nos jours de vouvoiement universel mais de tutoiement universel si l’on en juge par la familiarité avec laquelle les Anglo-Saxons s’adressent parfois à leurs interlocuteurs. Brûlé considère que l’alliance de l’hypertrophie du « je » et de l’atrophie, voire de l’inexistence du « vous » en anglais, est propice à faire de cette langue une « langue irrémédiablement vouée à l’impérialisme et à l’ethnocentrisme ». On aura bien sûr compris que l’auteur, en fustigeant la déconsidération de l’autre dans la langue anglaise, s’efforce de démontrer que cette dernière prédispose les anglophones à l’impérialisme et à l’ethnocentrisme.

La langue elle-même n’est que l’instrument principal par lequel une puissance impérialiste (ici, la sphère anglo-américaine) assoit peu à peu sa domination culturelle. La structure d’une langue déterminant les structures mentales de ses locuteurs maternels, elle ne saurait constituer qu’un simple instrument de communication neutre. Comme le fit remarquer le linguiste français Georges Mounin, « chaque langue reflète et véhicule un vision du monde ». Il y a donc en théorie autant de visions du monde irréductibles l’une à l’autre qu’il existe de langues vivantes. »

 

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