EXEMPLE A SUIVRE PAR NOS PUISSANTS

  Diego Della Valle un héros du XXIème siècle

        Les journées du patrimoine comme la fête de la musique ce devrait tout les jours. Aurait-elle inspiré les compositeurs et le prix du même nom si elle partait en poussière ? Le journal Le Point nous apprend que le Colisée est en péril dans un article positif de Dominique Dunglas dont voici un extrait :

… La pollution transforme le carbonate de calcium en sulfate de calcium, et le phénomène crée des métastases minérales. « En outre, le monument a subi un tremblement de terre en 443, explique l’archéologue de la surintendance, Rossella Rea. Il a été dépouillé de ses armatures métalliques et de nombreux blocs de travertin, puis fragilisé par le percement du métro. Sans les éperons de brique construits au XVIIIe, il se serait déjà écroulé. » Noirci par les gaz d’échappement, le Colisée souffre aussi de son succès : 5 millions de visiteurs par an. Un système de grilles fait de vulgaires

colise.png tubes d’échafaudage fut installé dans les années quatre-vingt au rez-de-chaussée et au premier étage pour canaliser les flux de visiteurs. Toilettes, billetterie, boutique et bureaux occupent 20 % de la superficie et sont autant de corps étrangers qui dénaturent le monument. Le Colisée est devenu une usine à gaz fardée de noir crasseux et tombant en morceaux.

« Une obsession, un cauchemar », pour Gianni Alemanno, le maire de Rome, qui ne dispose que de 500 000 euros par an à consacrer au symbole de sa ville et de son pays. Il se lance alors à la recherche des 25 millions nécessaires pour sauver le monument. On le croit au Japon en train de courtiser les sponsors nippons, mais c’est avec Diego Della Valle qu’il traite. Et, en deux heures, le patron de Tod’s accepte de s’engager. À une seule condition, toutefois : il ne veut pas entendre parler de tour de table d’entrepreneurs et prend toute l’enveloppe à sa charge. « Je ne voulais pas de partenaires, pour éviter que l’image du Colisée soit utilisée pour faire de la promotion. » Pas de mocassins géants suspendus aux colonnes corinthiennes, ioniques et doriques, pas de logo Tod’s sur les billets d’entrée, pas de plaques à la gloire du bienfaiteur. Et, si le mécène garde pendant quinze ans l’exclusivité de la communication sur les travaux de rénovation, c’est une fondation intitulée Les Amis du Colisée qui apparaîtra, pas Tod’s. « Nous sommes un grand groupe qui marche bien et qui vit de l’image de l’Italie, l’Italie de l’art et de l’excellence. En cette période de crise, les gens simples ont besoin de gestes de solidarité. Si les entreprises ne font rien, pourquoi continueraient-ils à acheter nos produits ? Et puis, je peux mourir dans cinq minutes. Avoir ouvert 50 magasins de plus ou de moins ne donnera pas davantage de sens à ma vie. Restaurer le Colisée, si. Je considère que c’est un devoir, et je vous avoue que ça me procure une intense satisfaction. »

Fascinantes entrailles

Les 25 millions de Diego Della Valle

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serviront donc à nettoyer la pierre de son cancer à l’aide d’une nébulisation d’eau sans solvants, de brosses et d’huile de coude, à remplacer 84 grilles, à consolider les voûtes, à créer à proximité de l’arc de Constantin un espace enterré regroupant tous les services et à ouvrir au public les fascinantes entrailles de l’amphithéâtre, d’où surgissaient fauves et gladiateurs. Revenu à sa blancheur originelle et débarrassé de ses scories, le vieux colosse retrouvera une seconde jeunesse.

Une bonne action… qui paie. « Della Valle a fait une formidable opération, explique un expert en marketing. Aujourd’hui, Della Valle est pour le monde entier le sauveur du Colisée, un des joyaux de l’humanité. Telecom Italia débourse 20 millions pour figurer pendant un an sur le capot d’une Formule 1 de Ferrari, Della Valle a payé 25 millions pour être associé pendant quinze ans au Colisée. Un exemple d’intelligence culturelle et de flair. Il n’y a aucun mal à ça, et je souhaite que d’autres l’imitent. »

Pompéi se meurt

À Pompéi, par exemple, l’autre grand malade du patrimoine transalpin. Là encore, c’est un écroulement, celui de la maison des Gladiateurs, en novembre 2010, qui a alerté la planète sur la dégradation du plus grand site archéologique du monde. « Le terre-plein qui domine la maison des Gladiateurs a été imperméabilisé sans système de drainage, explique l’architecte Antonio Irlando, de l’ONG Observatoire archéologique. Il peut s’écrouler à tout moment sur les autres maisons de la voie de l’Abondance, les Champs-Élysées de Pompéi. » À ces mots, Mario, un des guides du site, se gratte discrètement les testicules. Vieille technique napolitaine pour éloigner le mauvais oeil. « Partout, le crépi se décolle par plaques, s’insurge Irlando. Or, c’est le crépi, avec ses couleurs, dont le rouge pompéien, qui donne la perception de la vie qui s’est déroulée dans ces murs il y a plus de 2 000 ans. Sans crépi, Pompéi n’est qu’une ruine muette. »

Il y a trente ans, 98 ouvriers permanents, maçons, mosaïstes, ferronniers, travaillaient sur le site. Ils avaient les compétences et étaient les sentinelles des dégradations. Aujourd’hui, pour cause de restrictions de personnel, il n’en reste que quatre et… un seul archéologue. « Depuis la découverte du site, 90 % des peintures et des mosaïques de Pompéi ont disparu, et les restantes sont à risques », témoigne l’archéologue Luciana Jacobelli. Pour dénoncer ce scandale, un journaliste du quotidien napolitain Il Mattino a récupéré en 2010 une partie des mosaïques de la fontaine de la Vigne, tombées à terre. Lorsqu’il les a rapportées à la surintendance, personne ne s’était aperçu de rien.

Pierres de tuffeau :

Pour les touristes poursuivis par des chiens errants faméliques, la visite se réduit comme peau de chagrin. « Que visite-t-on ? demande une dame qui a bûché le Guide bleu. La maison des Vettii ou la villa de Julia Felix ? Les thermes stabiens ou les thermes suburbains ? » « Tout est fermé », répond Mario. Dans les années cinquante, le public pouvait visiter 62 des plus belles maisons de Pompéi. Aujourd’hui, leur nombre se compte sur les doigts d’une seule main. Une file d’attente : nous sommes devant le lupanar, le must de la visite de Pompéi. « Pour protéger les peintures, pas de flash et pas plus de dix personnes à la fois », indique un panneau. Voilà enfin l’amphithéâtre. La magistrature vient de le mettre sous séquestre pour le coût exorbitant de sa rénovation, 6 millions, au lieu des 500 000 euros prévus. Ses gradins ont été reconstruits sur une base en ciment avec de grossières pierres de tuffeau qui évoquent les constructions illégales du sud de la péninsule… ou le théâtre d’été d’un club de vacances.

1 932 ans après l’éruption du Vésuve et la miraculeuse conservation du lieu, Pompéi meurt une seconde fois. Le problème n’est pas nouveau. En 1775, le Divin Marquis s’exclamait déjà devant ces ruines : « Pourquoi le ciel confie-t-il de telles richesses en les mains de gens aussi peu capables de les apprécier ? » En 2008, le site fut confié aux pouvoirs extraordinaires de la Protection civile. Mais, au lieu d’engager des travaux de conservation, c’est une politique de « valorisation » qui a été mise en place. « La nouvelle administration a voulu un retour d’image immédiat, explique Maria Pia Guermandi, d’Italia Nostra, une ONG engagée dans la défense du patrimoine. Or, colmater le crépi, recoller les mosaïques, réparer des plafonds, ça ne se voit pas. Elle préfère installer des hologrammes, organiser des soirées à thème. La manutention se voit sur dix ans, et dix ans, c’est trop long pour des administrateurs, qui raisonnent en termes de mandats électoraux. »

Dépenses somptuaires

Certes, l’argent est le nerf de la guerre, mais pendant les trois ans de gestion de la Protection civile, l’État a dépensé 78 millions d’euros. Une liste de dépenses qui ressemble à un inventaire de l’inutile. Bouteilles de vin étiquetées « Villa des Mystères », site internet sur lequel le personnage d’une fresque antique s’anime et chante le tube disco I Will Survive, « soirée mozzarella » et dépenses somptuaires pour une visite de Berlusconi… qui n’est jamais venu. L’État n’a eu ni l’efficacité du privé ni les vertus que l’on espère du service public.

Pompéi attend son Diego Della Valle.

Dominique Dunglas

Pompeï seulement ?

F.E.

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